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Julie Bucher, fondatrice de Humanspace et formatrice à Dauphine, Assas et Albert School « Un entretien n'est pas une performance, c'est une connexion »

Julie Bucher a passé 15 entretiens pour décrocher un stage chez Goldman Sachs à 21 ans. Aujourd'hui, elle forme les étudiants de Dauphine, Assas et Albert School aux soft skills.

Interview de Julie Bucher , Humanspace Auteur : Cécile Escape 6 min de lecture
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Pourquoi Master Success a choisi d'interviewer Julie Bucher

Chez Master Success, nous accompagnons chaque année des centaines d'étudiants dans leur recherche de Masters, de Mastères Spécialisés et de stages. Et un constat revient sans cesse : les candidats les mieux préparés sur le plan académique ne sont pas toujours ceux qui décrochent le poste. C'est très souvent ce qu'on appelle les soft skills, et la capacité à créer une vraie connexion avec son interlocuteur, qui font la différence.

Julie Bucher est l'une des rares expertes en France à avoir transformé cette intuition en méthode. Fondatrice de Humanspace, elle forme depuis 2018 des milliers d'étudiants à l' insertion professionnelle et à la préparation aux entretiens d'embauche , avec des résultats mesurables : 95 % de ses étudiants décrochent un stage dans les trois mois suivant sa formation. Elle connaît aussi les attentes des entreprises de l'intérieur, ayant elle-même fait passer des entretiens chez Goldman Sachs et continuant à sélectionner les candidats du Master 203 de Dauphine. Cette double casquette, formatrice et recruteuse, est précisément ce qui nous a donné envie de l'interviewer pour BOOST : elle parle aux étudiants depuis les deux côtés de la table.

J'ai été à ta place

Julie Bucher avait 21 ans, un master de finance de marché en cours à Dauphine, et un objectif précis : décrocher un stage d'été (summer internship) dans une banque d'investissement à Londres. À l'époque, elle ne postule qu'à trois banques, JP Morgan, Goldman Sachs, Barclays, un choix qu'elle qualifie aujourd'hui de risqué, et qu'elle ne recommande pas forcément aux étudiants d'aujourd'hui, plutôt invités à multiplier les candidatures quand ils n'ont pas encore d'expérience dans un secteur.

Le processus est long et exigeant : un premier appel avec les ressources humaines, puis plusieurs tours d'entretiens techniques, jusqu'à un round final. Julie va jusqu'au bout du processus chez JP Morgan, en concurrence directe avec un autre candidat pour le poste.

« Je suis rentrée à Paris, j'ai fait ma vie en attendant la réponse. Et puis j'ai dû reprendre le train pour mes entretiens chez Goldman et Barclays, qui se passaient à un jour d'intervalle. C'est dans ce train que j'ai reçu l'appel de la RH de JP Morgan qui m'annonçait que je ne l'avais pas eu. »

Pas de temps pour digérer ce qu'elle vit, à l'époque, comme un échec cuisant : elle doit se présenter à son entretien suivant le lendemain matin. Sa réaction est celle qu'elle enseigne aujourd'hui à ses étudiants : « J'ai respiré, et je me suis dit : j'y vais, je donne tout. » Elle obtient les deux offres restantes, Goldman Sachs et Barclays, et choisit Goldman, où elle fera ses débuts professionnels.

« La leçon numéro un que je veux offrir, c'est l'importance de la persévérance et de la résilience. Il ne faut pas prendre les choses personnellement. Parfois on reçoit un non, mais on finira par avoir un oui, avec quelqu'un avec qui on aura un bien meilleur fit, dans un environnement où on évoluera mieux. »

Une autre anecdote, plus ancienne, raconte la même chose autrement. À 7 ans, lors de sa toute première compétition de natation, Julie remporte une médaille de bronze sur un total de trois participants, en arrivant largement après tout le monde, profitant simplement de l'absence de la favorite, blessée. Elle vit pourtant ce moment comme un échec, sa première médaille, obtenue « par défaut ». Trois ans plus tard, elle devient championne de France de natation.

« Il faut comprendre que le challenge, la difficulté est là pour nous montrer comment on peut s'affiner, comment on peut s'améliorer et se dépasser. Parfois, il faut du temps et de la persévérance. Mais si on veut vraiment quelque chose, on peut l'avoir. La persévérance et l'humilité mènent loin. »

Elle résume sa philosophie par une formule qu'elle affectionne particulièrement, reprise au fil de l'échange : la mise en danger . « On se rend compte qu'on peut survivre à tout. Et ça nous offre beaucoup de résilience dans la vie, une qualité essentielle, je pense, à l'âge de l'IA. »

Qui est Julie Bucher ?

JB
Julie Bucher Experte de l'insertion
Fondatrice de
Humanspace, organisme de formation aux soft skills certifié par l'État français
Présent dans
Paris, New York, Madrid, Genève
Parcours
Master 203 Dauphine → Goldman Sachs (Londres, NY) → création de Humanspace (2018)
Expertise
A fait passer des entretiens de recrutement chez Goldman Sachs, sélectionne les candidats au Master 203 de Dauphine et forme aux entretiens d'embauche les étudiants de Dauphine, Assas et Albert School, ainsi qu'en accompagnement privé.
Partenaires
Dauphine, Assas, Albert School, BNP Paribas Groupe, ministère des Armées...
Sa conviction
« Un entretien n'est pas une performance, c'est une connexion. »

Ce qui distingue Julie Bucher dans le paysage de la formation aux soft skills, c'est cette double légitimité : elle a vécu le processus de recrutement le plus exigeant qui soit (0,01 % de candidats retenus pour les summer internships en banque d'investissement), elle l'a fait vivre à d'autres en tant que recruteuse, et elle continue à observer, chaque année, ce qui distingue un candidat retenu d'un candidat oublié.

L'interview complète

1 La compétence dont personne ne parle : gestion du stress et orientation de carrière

Quand on lui demande quelle compétence manque le plus aux jeunes diplômés, Julie Bucher ne cite pas seulement la prise de parole en public et le leadership. Sa réponse porte sur deux compétences moins visibles, et selon elle sous-estimées : la gestion du stress et le life design , une méthode d'orientation de carrière empruntée au design thinking, qui consiste à se poser continuellement les bonnes questions sur ses points forts et ses sources de motivation.

Elle appuie son propos sur un chiffre : selon l'Institut syndical européen, le coût de la dépression liée au travail dans l'UE dépasse 100 milliards d'euros par an. Pour Julie, une partie de ce coût trouve sa source dans un manque d'éducation à l'orientation professionnelle dès les études.

« La gestion du stress, ce n'est pas quelque chose de ponctuel. Pour moi, c'est une vraie hygiène de vie, un peu comme le sport ou une bonne alimentation. Ça se pratique tous les jours, et ça permet de rester calme sous pression. »

2 Le conseil qu'elle aurait voulu recevoir avant son premier entretien

C'est le cœur de son message : un entretien d'embauche n'est pas un examen technique, c'est une rencontre humaine.

Julie explique pourquoi : un recruteur qui passe potentiellement jusqu'à 15 heures par jour à vos côtés cherche avant tout quelqu'un avec qui il aura envie de travailler au quotidien.

« S'il y a des questions techniques à un moment donné, c’est pour tester votre maîtrise d’un sujet, certes, mais c'est aussi pour observer vos réactions face à l'inconnu, votre grâce sous pression, votre communication dans un moment clé. Je vois des étudiants qui répondent bien à toutes les questions techniques, mais en réalité, on ne se souvient plus de leur nom à la fin de l’entretien. Il y avait si peu de passion, d'authenticité, de connexion, que l'expérience s’efface. »

3 Le réflexe qui change tout : ne jamais apprendre par cœur

Le conseil le plus concret : ne pas réciter de script appris par cœur . Pourquoi ? Parce que cela fait perdre la capacité d'adaptation en temps réel, cette intelligence relationnelle qui permet d'ajuster naturellement son discours à la personne en face de soi.

« Il y a une intelligence qui se partage dans la connexion. Quand on apprend par cœur, on perd ça, on perd la connexion parce qu'on est trop dans la performance. »

Julie recommande à la place des points-clés notés sous forme de tirets. Cette idée trouve un écho direct dans la philosophie défendue par Master Success : viser une spontanéité maîtrisée , où l'on connaît parfaitement son chemin tout en se laissant la liberté de s'en écarter pour créer un vrai moment d'échange.

4 Les signaux non-verbaux qui font la différence

  • La posture : Bras croisés et posture fermée créent une barrière.
  • La voix : Souvent sous-estimée, elle exprime le stress, le confort, la passion.
  • Les pauses : Elles laissent le temps à l'interlocuteur de digérer l'information.
  • La diversité du rythme : Varier la vitesse et l'intensité évite la monotonie.

5 L'erreur la plus courante : trop utiliser l'Intelligence Artificielle

Selon son observation répétée, une préparation d'entretien trop dépendante de l'IA produit deux effets négatifs mesurables :

  1. Un script inatteignable et non naturel qui sonne creux à l'oral.
  2. Une perte de confiance face à l'imprévu.
« On a un candidat qui répond très bien, avec un très bon langage, et puis tout d'un coup, face à l'imprévu, il y a un gros flop. C'est très compliqué de revenir dans l'estime de la personne qui s'était dit "wow" dans les deux premières minutes. »

Son conseil n'est pas de bannir l'outil, mais de l'utiliser éventuellement en complément d'un vrai travail de réflexion personnelle. Se poser soi-même la question en premier lieu.

6 Ce qui change concrètement après une formation aux soft skills

Julie observe chez ses étudiants une maturité que les recruteurs n'ont pas l'habitude de rencontrer : une meilleure conscience de soi, une capacité affinée à travailler en équipe, et une aptitude à articuler clairement sa direction de vie. Des éléments qui font la différence en entretien et en début de carrière.

En témoigne cette étudiante que Julie a formé :

« Grâce à Julie et à sa formation, j'ai réussi à décrocher un stage chez Lazard Paris et un stage d'été chez UBS à Londres. Les retours de Julie ont vraiment amélioré la qualité de mes réponses. Par exemple, lors de mon assessment center chez UBS, j'ai dû pitcher une action. Je me suis souvenue que Julie disait qu'il est important de mentionner l'horizon d'investissement et les mesures de mitigation des risques, ce qui a impressionné les recruteurs et m'a vraiment fait sortir du lot. »

7 L'évolution de la sélection : les entretiens vidéo IA

Julie partage une observation sur la généralisation des entretiens vidéo de présélection assistés par IA (type HireVue). Le principe : 30 secondes de réflexion, puis 2 minutes pour répondre face caméra. Une IA analyse la réponse avant qu'un humain ne la visionne.

« C'est très important de le préparer, de savoir quel type de questions tombent, parce que sinon, ce n'est vraiment pas un exercice qu'on peut improviser le jour même. »

Elle conclut sur un point d'équilibre essentiel : « Tout miser sur le comportemental ne sera pas suffisant, il faut vraiment un mariage des deux : des compétences techniques poussées et une maîtrise des soft skills. »

Le conseil qui change tout

« Un entretien n'est pas une performance,
c'est une connexion. »

Julie Bucher, fondatrice de Humanspace

La minute BOOST

Vidéo de Julie Bucher à venir

Construire son réseau

Dans sa minute BOOST, Julie Bucher revient sur un sujet essentiel : comment construire et faire vivre son réseau professionnel dès le début de ses études, avant même d'avoir une expérience concrète à valoriser.

BOOST est la série d'interviews de Master Success qui donne la parole à celles et ceux qui accompagnent les étudiants vers la réussite. Chaque mois, un nouveau témoignage, une nouvelle compétence à développer, un nouveau regard sur ce que l'école n'enseigne pas toujours.

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